Les fameuses recettes de désherbant « naturel »

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Pâquerettes sur pelouse

Le printemps est arrivé il y a quelques semaines, amenant peu à peu avec lui les beaux jours. Et malgré les pluies abondantes l’envie de retourner au jardin, de sentir la terre entre ses doigts se fait sentir. On souhaite alors commencer par nettoyer avant de planter ou mettre en place quoi que ce soit. Échaudés par les produits de l’industrie on cherche alors quelque chose de plus naturel, de moins cher, que l’on pourrait faire soi-même à appliquer au jardin. Et bingo on finit par trouver « la » recette qui tourne sur tous les groupes de jardinage, de sites ou blogs en surfant sur la vague du naturel : celle à base de gros sel et de vinaigre blanc. Si vous souhaitez la faire et surtout la pulvériser dans votre jardin, je vous arrête tout de suite : cette recette est dangereuse et interdite ! Vous risquez même gros en la faisant, tout comme n’importe quelle autre recette « maison » non homologuée.L’utilisation de produits phytosanitaires non homologués et non autorisés est punie jusqu’à 6 mois de prison et 30000 euros d’amende. Il est interdit de fournir, par quelque moyen que ce soit, des recettes de produits non homologués. La diffusion de ce type de recettes est également punie, jusqu’à 2 ans de prison et 75000 euros d’amende.

Extrait de l’article de la loi d’application du décret : loi n° 2006-11 du 5 janvier 2006 d’orientation agricole.

Art. L. 253-1. – I. – Sont interdites la mise sur le marché, l’utilisation et la détention par l’utilisateur final des produits phytopharmaceutiques s’ils ne bénéficient pas d’une autorisation de mise sur le marché ou d’une autorisation de distribution pour expérimentation délivrée dans les conditions prévues au présent chapitre.

Le vinaigre blanc n’est ni homologué ni bon pour l’environnement. Il contient environ 8 à 10% d’acide acétique. De plus il acidifie les sols. Il est cependant présent dans quelques produits encore commercialisés.

Le sel quant à lui est l’un des plus gros polluants des sols et nappes phréatiques. Il empêche les plantes de se nourrir des éléments présents dans le sol en entrant en concurrence avec elles. À terme, il tue même tout simplement la vie des sols, car personne dans le jardin ne s’en nourrit. Le sel ne se dégrade tout simplement pas. Il reste juste là…

Et je ne parle même pas de certaines « recettes » qui incluent de l’eau de javel…

Alors, avec la loi Labbé qui va interdire l’utilisation de produits phytosanitaires (Sauf certains autorisés en bio) pour les particuliers à partir de janvier 2019, comment faire pour entretenir son jardin ?

Deux raisons pour lesquelles vouloir désherber

Pourquoi vouloir s’en débarrasser ? Car oui, au fond, que nous ont fait les plantes sauvages pour que nous voulions à ce point les éradiquer ?

Pour des raisons d’esthétique

Certains aiment avoir de belles allées bien nettoyées, une pelouse entièrement du même vert, un potager contenant uniquement ses propres plantations… Ha, comme c’est joli ce jardin parfaitement maîtrisé et contrôlé ! Et sans aucune biodiversité. Car oui dès le début du printemps les insectes se réveillent et cherchent de quoi butiner. Et vers quoi vont-ils se tourner si tout est nettoyé, qu’aucune plante ne leur est réservée ? Ils iront voir ailleurs, si il y a un ailleurs à leur portée… Et le jardinier avec son jardin parfait devra polliniser lui-même ses tomates et courges le moment venu au lieu que la nature le fasse toute seule. Est-elle vraiment moche cette pelouse avec les pâquerettes butinées par les abeilles solitaires ? On peut apprendre à cohabiter pour préserver la biodiversité. D’autant plus que certains insectes ne vivent qu’avec certaines plantes… Non cultivées par l’homme.

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Plantes sauvages et biodiversité

Pour des raisons de productivité

La sélection de graines par l’homme a amélioré leur production mais pas leurs rusticité. Ainsi au fil des décennies nous avons obtenu de plus en plus de légumes ou fruits mais ils sont également plus fragiles, ont d’avantages de besoin en terme de nutriments ou encore d’eau. La présence de plantes sauvages au même endroit est une concurrence contre qui elles ont bien du mal à lutter. Bien plus adaptées, les adventices vont se développer au détriment de notre potager.

Alternatives naturelles aux désherbants

Dans ce cadre là, voici quelques solutions afin d’éviter les produits phytosanitaires au jardin.

Accepter la présence de plantes sauvages

Les plantes sauvages favorisent et préservent la biodiversité. On dit souvent que la meilleure des armes est la connaissance. Ainsi, en sachant qui est la fleur présente dans le jardin, peut-être vous rendrez vous compte qu’elle est plus utile que ce que vous vouliez y mettre. De nombreuses plantes sauvages sont comestibles ! Par exemple, est-ce vraiment judicieux d’ôter ces pourpiers pour y mettre de la laitue ? Les deux se consomment en salade. La chelidoine quant à elle soigne les verrues, le plantain soulage les piqûres d’orties et celles-ci peuvent se consommer en soupe. Les plantes sauvages comestibles sont souvent très riches en minéraux. Attention à les cueillir dans un endroit non pollué.

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La Fritillaire pintade, plante protégée

Il est sage également de connaître qui peuple son jardin car certaines espèces sont protégées, et d’autres au contraire sont invasives. Méfiez-vous particulièrement de la berce du caucase, ne la prenez pas à mains nues. Cette plante photosensibilisante peut être responsable de graves cloques et brûlures sur la peau.

Adapter ses plantations et couvrir l’espace disponible

Un petit truc tout simple, est d’avoir en permanence une culture en place au jardin, ne laissant ainsi pas de temps pour les adventices de s’installer. Vous pouvez ainsi planter des légumes perpétuels, qui vivront à la même place pendant plusieurs années, contrairement aux annuels qui ne vivent qu’un an. La rhubarbe, le poireau perpétuel l’ail des ours ou encore l’oseille sont de bons candidats.

Vous pouvez également planter ce que l’on nomme des « engrais verts » lorsque vous n’avez rien au potager : trèfles, luzerne, avoine, blé, moutarde… Selon leur période de plantation (automne ou printemps) et leur utilité ils peuvent décompacter la terre, fertiliser et protéger le sol, attirer les auxiliaires.

Pour couvrir le sol sans engrais verts on peut également avoir recours à des cartons non imprimés ni traités. On les posera ainsi à l’automne sur le sol nu. Ils empêcheront ainsi la germination des adventices et favoriseront la vie en dessous. Durant la belle saison vous pouvez bien évidemment mettre du paillage autour de vos plantations, qui est très bon pour la vie du sol. Il aide également à maintenir un sol frais et humide et limite ainsi les arrosages.

Le désherbage thermique

Pour désherber votre terrasse ou vos allées, vous pouvez y verser de l’eau de cuisson non salée de pommes de terres pâtes ou riz. L’amidon et l’eau chaude tueront ainsi les plantes.

Il existe aussi des machines spéciales, sortes de petits chalumeaux portatifs destinés à griller les adventices. L’idée est de chauffer la plante pour faire éclater les tissus végétaux. Attention à ne pas brûler la plante qui repartira de plus belle, car cela aura fait cicatriser ses tissus.

Ces solutions sont d’avantages adaptées aux plantes à feuilles larges enracinées peu profondément, comme le plantain. C’est idéal pour les endroits difficiles d’accès comme les allées ou entre des pavés. Par contre, ne le faites pas sur votre pelouse sèche ou dans le potager, vous avez besoin des insectes qui y vivent et ils ne risquent guère d’aimer la chaleur !

Faire un faux semis

Cette technique consiste à préparer la terre comme si on allait semer, mais sans semer dans un premier temps. Les vrais semis ne seront mis en place que dans une à trois semaines. Pour mettre cette technique en place, il faut bêcher ou aérer le sol. Cela fait remonter toutes les graines en dormance dans le sol. Ensuite on le nivelle et l’affine à l’aide d’un râteau. Vous pouvez ensuite arroser en pluie afin de favoriser la levée des semis. Dès l’apparition des plantules vous pouvez passer deux passages croisés du râteau, sans le planter trop profondément pour ne pas ramener d’autres graines. Une fois désherbé, vous pouvez ainsi mettre votre vrai semis, sans crainte de concurrence.

Utiliser la meilleure des recettes, l’huile de coude

La plus ancienne et efficace des solutions est bien sûr de désherber à la main. On utilise ainsi aucun produit toxique, on choisit soigneusement les plantes à enlever sans abîmer celles à garder et on préserve la vie microbienne du sol ! Pour les grandes parcelles – ou même les petites – on est pas obligés de tout faire à la main, il existe des outils adaptés.

Le sarcloir est composé d’un manche au bout duquel se trouvent généralement trois griffes de métal. Il permet de gratter la terre en surface. Très utile au potager entre les rangs de légumes et les allées, il permet d’enlever les jeunes plantules sans retourner la terre. Il atteint ses limites contres les plantes à racines profondes qu’il ne fera que couper sans arracher, les faisant repartir de plus belle. Il est également parfois appelé sarclette, ratissoire ou encore binette hollandaise.

La binette, le tire-racines, et la griffe sont également vos alliés. La première soulève les racines et décompacte la terre. Elle s’utilise par temps chaud et sec et est inutile contre les plantes qui se propagent à partir de fragments (comme le liseron) ou enracinées à plus de 10 centimètres. Le second s’emploie sur les herbes aux racines pivotantes comme le chardon ou le pissenlit. La dernière déloge les plantes poussant en touffes, et évite de propager celles repoussant à partir de morceaux de racines comme le chiendent, le lierre terrestre ou le trèfle.

La gouge quant à elle permet de ramasser les asperges, mais aussi les racines très profondes. Là aussi, on peut se rendre compte qu’il est intéressant de savoir à qui on a à faire pour utiliser le bon outil.

On peut également utiliser des plantes en guise de désherbant contre d’autres plantes. Ainsi, les œillets d’inde de la famille des tagètes sont toxique au liseron dont il est si difficile de se débarrasser.

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10 commentaires sur “Les fameuses recettes de désherbant « naturel »

  1. Salut Ana !!
    Tout d’abord merci pour ta visite sur mon site. Je découvre à mon tour le tien. Je vois que tu es dans la même optique que moi. En ce qui concerne les herbes je dis plutôt qu’il s’agit de plantes accompagnatrice. D’ailleurs j’ai écrit un article sur les plantes sauvages lors d’un carnaval d’articles https://spotjardinmonsite.com/2017/12/04/tout-ou-presque-sur-les-plantes-sauvages/ Je ne désherbe jamais. Je paille. Le peu de graminées qui poussent je les laisse. ça fait le coté sauvage que je recherche. Si vraiment je suis obligé de désherber une parcelle j’utilise du vinaigre banc pur comme expliqué dans cette publication https://spotjardinmonsite.com/2017/04/07/desherber-au-naturel/ Et pour terminer je tiens à te féliciter pour le contenu de cet article. A bientôt !!

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    1. Merci beaucoup pour votre gentil commentaire et votre visite ! Et oui, en plus beaucoup de celles qu’on nomme communément « mauvaises herbes » sont comestibles et/ou utiles au jardin. D’où l’intérêt d’apprendre à les connaître, d’observer, de laisser un coin de nature sauvage…

      Aimé par 1 personne

  2. Comme déherbant j’utilise le vinaigre blanc et surtout l’huile de coude pour nettoyer les parties goudronnées à l’entrée et sur la route. Sinon, le paillage est réellemnt le meilleur remède. J’utilise les tontes de pelouse et du BRf et j’essaie de pailler le plus possible.

    Aimé par 1 personne

    1. Oui l’huile de coude et le paillage sont des alternatives dont je parle dans l’article. Pour le vinaigre blanc ce n’est pas vraiment la meilleure des solutions, même pur. Merci pour votre visite et vos commentaires

      Aimé par 1 personne

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